Researche | Libre Accès | Volume 9 (Suppl 14): Article 04 | Publié: 06 Sep 2026
Menu, Tableaux et figures
| Caractéristiques | Effectif (n) | Pourcentage (%) |
|---|---|---|
| Sexe | ||
| Masculin | 35 | 83,3 |
| Féminin | 7 | 16,7 |
| Profession | ||
| Infirmier diplômé d’État | 27 | 64,3 |
| Technicien santé/statistique/nutrition | 7 | 16,7 |
| Agent de santé publique | 3 | 7,1 |
| Agent hygiène/milieu | 3 | 7,1 |
| Laborantin | 5 | 11,9 |
| Lieu d’affectation | ||
| Ville de Djibouti | 33 | 78,6 |
| Régions sanitaires | 9 | 21,4 |
| Institution d’origine | ||
| Ministère de la Santé | 30 | 71,4 |
| Corps constitués & autres institutions* | 12 | 28,6 |
* Police, Gendarmerie, Garde républicaine, Forces armées, Garde-côtes et Caisse nationale de sécurité sociale.
| Indicateurs | Avant FETP (Octobre 2021, S43 – 2021) | Après FETP (Septembre 2022, S26 – 2022) |
|---|---|---|
| Nombre de sites de surveillances | ||
| Ville de Djibouti | 24 | 35 |
| Régions sanitaires | 6 | 47 |
| Promptitude et complétude des rapports des maladies à déclaration obligatoire | ||
| Promptitude globale | 21,7% | 80% |
| Complétude globale | 23,1% | 86% |
| Élaboration de Bulletins épidémiologiques hebdomadaires | ||
| National (INSP) | 0 | 1 |
| Régional sanitaire | 0 | 4 (Tadjourah, Obock, Dikhil, Ali Sabieh) |
| Élaboration de synthèse hebdomadaire des données de surveillance | 0 | 84 |
| Réalisation de contrôle de la qualité des données | 0 | 126 |
| Réalisation de l’analyse d’un problème de qualité | 0 | 126 |
| Réalisation des investigations d’un cas ou des épidémies | 0 | 52 |
| Nombre d’abstract produits | 0 | 16 |
| Nombre d’abstracts acceptés et présentés à des conférences scientifiques | 0 | 12 |
| Sujet d’investigation | Nombre (n) | Pourcentage (%) |
|---|---|---|
| Rougeole | 9 | 17,3 |
| COVID-19 | 7 | 13,5 |
| Gale | 7 | 13,5 |
| Brucellose | 6 | 11,5 |
| Paludisme | 5 | 9,6 |
| Leishmaniose | 4 | 7,7 |
| Autres* | 14 | 26,9 |
| Total | 52 | 100 |
* Autres : dengue, tuberculose, malnutrition, conjonctivite, choléra, fièvre typhoïde.




Pedwinde Hamadou Seogo1,3,&, Prosper Ilunga Kelebwe1, Sahra Moussa Bouh1,2, Houssein Youssouf Darar1,2, Anbessie Tatek Bogale4, Mohamed Ismael Dini1,2, Abdourahman Djama1,2, Alain Nzanzu Magazani5, Ahmed Robleh Abdilleh1,2, Herbert Kazoora Brian6, Ditu Kazambu6, Simon Antara6, Mamadou Sawadogo3
1Programme de Formation en Epidémiologie de terrain de Djibouti (Djib-FETP), Djibouti, 2Ministère de la Santé de Djibouti, Djibouti, 3Africa Field Epidemiology Network(AFENET), West Africa Francophone, Ouagadougou, Burkina Faso, 4African Field Epidemiology Network(AFENET), Horn of Africa, Addis Ababa, Ethiopia, 5African Field Epidemiology Network (AFENET), Central African and Indian Ocean, Kinshasa, Democratic Republic of Congo, 6African Field Epidemiology Network (AFENET), Kampala, Uganda
&Auteur correspondant: Pedwinde Hamadou Seogo, Programme de Formation en Épidémiologie de terrain de Djibouti (Djib-FETP), 09 BP 1102 Ouagadougou 09, Burkina Faso, Email: seogoph@gmail.com, hseogo@afenet.net, ORCID : https://orcid.org/0009-0006-9574-3510
Reçu: 22 Jan 2026, Accepté: 03 Sep 2026, Publié: 06 Sep 2026
Domaine: Field Epidemiology
Mots-clés: Épidémiologie de terrain, FETP Frontline, Surveillance épidémiologique, Renforcement des capacités, Djibouti
©Pedwinde Hamadou Seogo et al. Journal of Interventional Epidemiology and Public Health (ISSN: 2664-2824). This is an Open Access article distributed under the terms of the Creative Commons Attribution International 4.0 License (https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/), which permits unrestricted use, distribution, and reproduction in any medium, provided the original work is properly cited.
Citez cet article: Pedwinde Hamadou Seogo et al., Implémentation du Programme de Formation en Épidémiologie de Terrain de première ligne à Djibouti, 2021–2022 : processus, résultats, défis et leçons apprises. Journal of Interventional Epidemiology and Public Health. 2026;9(Suppl 14):04 https://doi.org/10.37432/jieph-d-26-00022
Introduction: Le renforcement des capacités nationales en épidémiologie de terrain constitue un pilier essentiel de la sécurité sanitaire mondiale et de la mise en œuvre du Règlement Sanitaire International (RSI 2005). Dans les pays à ressources limitées notamment en Afrique, les insuffisances en ressources humaines qualifiées limitent la détection précoce et la riposte efficace aux urgences de santé publique. Le Programme de Formation en Épidémiologie de Terrain de première ligne (FETP Frontline) a été introduit à Djibouti en octobre 2021. L’objectif de cette étude était de décrire le processus d’implémentation du FETP et à évaluer ses effets sur les performances du système de surveillance à Djibouti.
Méthodes: Une étude transversale descriptive avec une composante analytique a été conduite de janvier 2021 à septembre 2022 à Djibouti. Les données ont été collectées à partir des rapports programmatiques, des bases de données de surveillance des maladies à déclaration obligatoire (MDO), des rapports d’investigation ainsi que d’entretiens semi-structurés avec les participants, mentors et responsables du programme. Les données ont été analysées à l’aide de statistiques descriptives avec le calcul de proportions et de tests de comparaison avant/après. Une analyse de séries temporelles interrompues (Interrupted Time Series, ITS) a également été réalisée pour évaluer l’effet de l’intervention.
Résultats: Au total, deux cohortes ont été mises en œuvre, avec 48 agents de santé sélectionnés dont 42 gradués, soit un taux de complétion de 87,5 % (42/48). Le nombre de sites de surveillance est passé de 30 avant l’implémentation du programme à 82 après la formation. La promptitude et la complétude des rapports hebdomadaires des maladies à déclaration obligatoire se sont améliorées respectivement de 21,7 % et 23,1 % en 2021 à 80 % et 86 % en 2022. Ces améliorations étaient statistiquement significatives (p < 0,001). L’analyse ITS a montré un changement immédiat significatif et une amélioration progressive des tendances après l’intervention. Cinquante-deux (52) investigations de cas ou de flambées et cinq enquêtes sanitaires ont été réalisées par les résidents et gradués. Un bulletin épidémiologique hebdomadaire national et 5 bulletins épidémiologiques hebdomadaires régionaux sont élaborés et partagés à tous les acteurs.
Conclusion: L’implémentation du FETP Frontline à Djibouti a permis un renforcement significatif de la surveillance épidémiologique et des capacités opérationnelles de riposte. La poursuite, l’institutionnalisation et l’extension du programme FETP sont essentielles pour consolider les acquis et renforcer durablement la sécurité sanitaire nationale.
English abstract
Introduction: Strengthening national field epidemiology capacity is a critical pillar of global health security and the implementation of the International Health Regulations (IHR 2005). In resource-limited settings, particularly in African countries, shortages of qualified human resources hinder early detection and effective response to public health emergencies. The Frontline Field Epidemiology Training Program (FETP Frontline) was introduced in Djibouti in October 2021. This study aimed to describe the implementation process of the FETP and evaluate its effects on the performance of the surveillance system in Djibouti.
Methods: A descriptive cross-sectional study with an analytical component was conducted from January 2021 to September 2022 in Djibouti. Data were collected from programmatic reports, mandatory notifiable diseases (MND) surveillance databases, investigation reports, and semi-structured interviews with participants, mentors, and program managers. Data were analyzed using descriptive statistics, including proportion calculations and before-and-after comparison tests. An Interrupted Time Series (ITS) analysis was also performed to assess the effect of the intervention.
Results: A total of two cohorts were implemented, with 48 healthcare workers selected, including 42 graduates, corresponding to a completion rate of 87.5% (42/48). The number of surveillance sites increased from 30 before program implementation to 82 after the training. Timeliness and completeness of weekly reporting for mandatory notifiable diseases improved from 21.7% and 23.1% in 2021 to 80% and 86% in 2022, respectively. These improvements were statistically significant (p < 0.001). The ITS analysis demonstrated a significant immediate change and a progressive improvement in trends following the intervention. Fifty-two (52) case or outbreak investigations and five public health surveys were conducted by residents and graduates. One national weekly epidemiological bulletin and five regional weekly epidemiological bulletins were produced and shared with all stakeholders.
Conclusion: The implementation of the FETP Frontline in Djibouti significantly strengthened epidemiological surveillance and operational response capacities. Continued implementation, institutionalization, and expansion of the FETP program are essential to consolidate achievements and sustainably strengthen national health security.
Keywords: Effects, FETP, Epidemiological Surveillance, Djibouti
Les épidémies et autres urgences de santé publique constituent une menace persistante pour la sécurité sanitaire mondiale, comme l’a illustré la pandémie de COVID-19, qui a mis en évidence les faiblesses structurelles des systèmes de santé, en particulier dans les pays à ressources limitées [1,2]. En Afrique, la fréquence élevée des maladies émergentes et réémergentes, combinée aux crises humanitaires et climatiques, souligne la nécessité de renforcer durablement les capacités nationales de surveillance, d’investigation et de riposte [3].
Le Règlement Sanitaire International (RSI 2005) fournit le cadre juridique international pour prévenir, détecter et répondre aux événements de santé publique de portée internationale [4]. Toutefois, les évaluations externes conjointes ont montré que de nombreux pays ne disposent pas encore des capacités essentielles requises, notamment en matière de ressources humaines qualifiées en épidémiologie de terrain et d’opérationnalisation des systèmes de surveillance [5,6]. Dans ce contexte, l’Agenda mondial de la sécurité sanitaire (Global Health Security Agenda, GHSA) a été lancé afin d’accélérer le renforcement des capacités nationales de prévention, de détection et de réponse [7].
Le Programme de Formation en Épidémiologie de Terrain -Field Epidemiology Training Program (FETP)), développé par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies- Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des Etats Unis d’Amérique, est reconnu comme une approche efficace pour renforcer les compétences en santé publique à travers une formation basée sur la pratique [8]. Structuré en trois niveaux (Frontline, Intermédiaire et Avancé), le FETP vise à répondre aux besoins spécifiques des pays selon les niveaux du système de santé [9]. Le niveau Frontline cible les agents de santé de première ligne, acteurs clés de la collecte, de l’analyse et de la notification des données de surveillance au niveau périphérique [10].
Plusieurs études ont montré que la mise en œuvre du FETP Frontline améliore la qualité, la promptitude et l’utilisation des données de surveillance, ainsi que les capacités d’investigation et de réponse aux flambées épidémiques [11–13]. En Afrique subsaharienne, les expériences menées notamment au Kenya, en Guinée et en Éthiopie ont démontré des améliorations significatives des performances des systèmes de surveillance intégrée des maladies et de la riposte, tout en soulignant des défis persistants liés au mentorat et à la pérennisation [14–16].
Djibouti, pays de la Corne de l’Afrique, est exposé à des multiples risques sanitaires, notamment les maladies transmissibles, les zoonoses, la forte mobilité transfrontalière et les événements climatiques extrêmes [17]. Avant 2021, le système de surveillance épidémiologique du pays était caractérisé par un nombre limité de sites de notification et de faibles niveaux de promptitude et de complétude des rapports hebdomadaires. C’est dans ce contexte que le FETP Frontline a été mis en œuvre à Djibouti à partir d’octobre 2021, avec l’appui du Réseau Africain d’Epidemiologie de Terrain (African Field Epidemiology Network, AFENET) et des partenaires techniques dont le CDC, l’Autorité intergouvernementale pour le développement-Intergovernmental Authority on Development (IGAD) et l’Organisation mondiale de la santé(OMS) de Djibouti L’objectif de cette étude était de décrire le processus d’implémentation du FETP Frontline à Djibouti, d’en présenter les principaux résultats, d’identifier les défis rencontrés et de tirer les leçons apprises afin d’éclairer la consolidation et l’extension futures du programme.
Cadre de l’étude
L’étude a été conduite en République de Djibouti, pays de la Corne de l’Afrique divisé en six régions sanitaires (Djibouti-ville, Ali Sabieh, Dikhil, Tadjourah, Obock et Arta). Le pays couvre une superficie de 23 200 km² et sa population était estimée à 1 011 222 habitants en 2022.
Le système de santé est organisé en trois niveaux. Le premier niveau comprend 41 postes de santé et 11 centres de santé communautaires. Le deuxième niveau est constitué de cinq (5) centres médicaux hospitaliers et de quatre (4) polycliniques. Le troisième niveau comprend deux (2) hôpitaux de référence, une (1) maternité nationale de référence et deux (2) centres spécialisés. Les secteurs parapublics et privés, au nombre de 16, sont concentrés dans la ville de Djibouti. Le pays est exposé à de multiples risques sanitaires, notamment les maladies transmissibles, les zoonoses, la forte mobilité transfrontalière et les événements climatiques extrêmes et une forte mobilité transfrontalière.
Période de l’étude
La période d’étude s’est étendue de janvier 2021 à septembre 2022, couvrant la phase de préparation, la mise en œuvre et l’évaluation initiale de deux cohortes du Programme de Formation en Epidémiologie de Terrain de première ligne (FETP Frontline).
Type et conception de l’étude
Il s’agissait d’une étude transversale descriptive avec une composante analytique, basée sur l’analyse des données programmatiques et de surveillance produite dans le cadre de la mise en œuvre du FETP Frontline à Djibouti. Ce type de design est recommandé pour l’évaluation des programmes de renforcement des capacités en santé publique et de surveillance épidémiologique.
Population d’étude
La population d’étude comprenait :
Echantillonnage
Notre échantillon était exhaustif. Tous les participants de deux cohortes de FETP frontline ont été enrôlés.
Description de l’intervention
Le FETP Frontline est une formation basée sur les compétences, combinant des sessions théoriques en ateliers ( 25%) et des travaux pratiques sur le terrain ( 75¨%), conformément au curriculum standard recommandé par les CDC.
La formation s’est déroulée sur une durée de 14 semaines par cohorte, incluant :
Sources et méthodes de collecte des données
Les données ont été collectées à partir de plusieurs sources :
Variables et indicateurs étudiés
Les principales variables analysées comprenaient :
La promptitude était définie comme la proportion de rapports reçus dans les délais requis, et la complétude comme la proportion de rapports effectivement reçus par rapport aux rapports attendus.
Analyse des données
Les données ont été analysées à l’aide de statistiques descriptives (proportions, moyennes) et de comparaisons avant/après. Des tests statistiques ont été réalisés pour évaluer la significativité des différences observées. Une analyse de séries temporelles interrompues (Interrupted Time Series, ITS) avec correction de Newey-West a été conduite sur les données hebdomadaires de promptitude et de complétude afin d’évaluer (i) le changement immédiat après l’intervention et (ii) l’évolution de la tendance dans le temps. Une analyse FFOM (Forces, Faiblesses, Opportunités, Menaces) a été réalisée pour documenter les aspects qualitatifs du programme. Le seuil de significativité a été fixé à p < 0,05.
Considérations éthiques
Cette étude reposait sur l’analyse de données programmatiques et de surveillance collectées dans le cadre des activités routinières du ministère de la Santé. Aucune information nominative n’a été utilisée. La confidentialité des données a été respectée et le consentement éclairé verbal a été obtenu auprès des personnes ayant participé aux entretiens. L’étude ne présentait pas de risque direct pour les participants.
Mise en œuvre du programme FETP Frontline
Deux cohortes du Programme de Formation en Épidémiologie de Terrain de première ligne (FETP Frontline) ont été mises en œuvre à Djibouti entre octobre 2021 et juillet 2022. Au total, 48 agents de santé ont été sélectionnés pour la formation, parmi lesquels 42 ont été gradués, soit un taux de complétion de 87,5 %.
Les participants provenaient majoritairement du ministère de la Santé humaine, mais également d’autres institutions publiques, notamment les corps constitués (police, gendarmerie, garde républicaine, forces armées, garde-côtes), ainsi que de la Caisse nationale de sécurité sociale. Les structures représentées incluaient des centres de santé communautaires, des polycliniques, des hôpitaux et des services de surveillance au niveau central et régional (Tableau 1).
Caractéristiques des participants
Parmi les 42 gradués, la majorité était constituée d’infirmiers diplômés d’Etat (64 %,27/42), suivis des techniciens en santé publique et en statistique/nutrition. Les hommes représentaient 83 % (35/42) des gradués. La plupart des participants exerçaient dans la ville de Djibouti (79 %,33/42), tandis que 21 % (9/42) provenaient des régions sanitaires de l’intérieur (Tableau 1). Chaque région sanitaire disposait d’au moins un agent formé à l’issue des deux cohortes (Figure 1).
Renforcement du système de surveillance épidémiologique
Avant l’implémentation du FETP Frontline, le système de surveillance épidémiologique de Djibouti comptait 30 sites de notification, dont 24 dans la ville de Djibouti et six (6) dans les régions sanitaires. Après la mise en œuvre du programme,
Le nombre de sites de surveillance est passé de 30 à 82 après l’implémentation du programme, incluant des structures publiques, parapubliques, privées et des structures sanitaires des corps constitués. (Tableau II).
À la semaine épidémiologique 43 de 2021, la promptitude et la complétude étaient respectivement de 21,7 % et 23,1 %. À la semaine 26 de 2022, elles ont atteint 80 % et 86 %. (Figure 2).
Les analyses statistiques ont montré que les améliorations de la complétude (21,43 % à 81,83 %) et de la promptitude (19,55 % à 76,27 %) étaient statistiquement significatives (p < 0,001).
L’analyse ITS a mis en évidence un changement immédiat significatif après l’intervention (+46,96 points pour la complétude et +40,00 points pour la promptitude ; p < 0,001) et une amélioration progressive des tendances (pentes positives significatives, p ≈ 0,001).
Activités de terrain et investigations
Tous les résidents et gradués ont été impliqués dans des activités de terrain durant leur formation. Au total, 52 investigations de cas ou de flambées ont été réalisées, ainsi que cinq enquêtes sur le profil sanitaire des élèves dans différentes régions sanitaires. Les investigations ont porté principalement sur la rougeole, la COVID-19, la gale, la brucellose, le paludisme et la leishmaniose. D’autres thématiques telles que la dengue, la tuberculose, la malnutrition, la conjonctivite et le choléra ont également été abordées, bien que de manière moins fréquente (Tableau III).
Qualité des investigations
Les investigations réalisées dans le cadre du programme ont suivi un processus structuré, incluant l’application systématique des étapes standards de l’investigation épidémiologique, sous la supervision des mentors et avec validation par la coordination du programme. Ce dispositif a contribué à assurer la conformité méthodologique des travaux produits. La présentation systématique des investigations lors de l’atelier de graduation de chaque cohorte, devant un jury de trois (3) membres, ainsi que la soumission de seize (16) abstracts, dont douze (12) ont été acceptés et présentés lors de conférences scientifiques, constituent des éléments indirects suggérant un niveau satisfaisant de qualité scientifique. Cependant, l’absence d’un outil standardisé d’évaluation de la qualité des investigations limite la possibilité d’une appréciation objective et comparative.
Production et utilisation des données
Dans le cadre du renforcement de la surveillance, les participants ont contribué à l’élaboration régulière de synthèses hebdomadaires des données de surveillance et à la production de bulletins épidémiologiques hebdomadaires. Les points focaux des formations sanitaires ont été sensibilisés à l’importance de la transmission régulière et ponctuelle des données, ce qui a favorisé une amélioration progressive de la qualité et de l’exhaustivité des informations transmises (Figure 3).
Mentorat
Au total, cinq (5) mentors et huit (8) co-mentors ont été mobilisés dans la mise en œuvre des deux (2) cohorte. Ils ont tous bénéficié avant le démarrage de chaque cohorte d’une formation sur le mentorat. Les mentors et co-mentors assuraient la supervision technique, l’encadrement des activités de terrain et l’évaluation des livrables. Les co-mentors bénéficiaient d’un renforcement de capacités assuré par les mentors et de la coordination, contribuant à la constitution d’un vivier national de mentors. Les livrables des résidents étaient d’abord revus par les co-mentors avant validation finale par les mentors et la coordination du programme.
Leçons apprises et défis
Les leçons apprises et défis sont présentés selon le modèle FFOM (Forces, Faiblesses, Menaces et Opportunités) :
Forces
Fort leadership institutionnel et ancrage national
Amélioration démontrée des performances de surveillance
Curriculum adapté au contexte national et à l’approche One Health
Dispositif de mentorat efficace
Production scientifique et visibilité
Faiblesses (Défis)
Disponibilité limitée des ressources humaines clés
Retards opérationnels
Couverture sectorielle et géographique incomplète
Absence d’un mécanisme structuré de suivi post-formation
Opportunités
Environnement international favorable
Capitalisation des expériences régionales
Synergies avec les dispositifs existants
Besoin national clairement documenté et exprimé
Menaces
Dépendance critique au financement externe
Risque de perte des acquis
Incertitude sur la mobilisation future des partenaires
Cette étude décrit l’implémentation du Programme de Formation en Épidémiologie de Terrain de première ligne (FETP Frontline) à Djibouti et met en évidence une amélioration substantielle des capacités de surveillance épidémiologique au niveau national. Les principaux résultats montrent une augmentation du nombre de sites de surveillance, une amélioration marquée de la promptitude et de la complétude des rapports des maladies à déclaration obligatoire, ainsi qu’une participation active des résidents et gradués aux investigations de terrain.
Effets du FETP Frontline sur la surveillance épidémiologique
L’augmentation du nombre de sites de surveillance, passée de 30 à 82 après la mise en œuvre du FETP Frontline, traduit un élargissement de la couverture du système de notification, incluant pour la première fois des structures parapubliques, privées et des corps constitués. Cette évolution est conforme aux objectifs du FETP Frontline, qui vise à renforcer la détection précoce des événements sanitaires au niveau périphérique, là où les signaux apparaissent en premier [1,2].
L’amélioration observée de la promptitude et de la complétude des rapports hebdomadaires est cohérente avec les résultats rapportés dans d’autres pays ayant mis en œuvre le FETP Frontline. Au Kenya, une évaluation du programme a montré une amélioration significative de la qualité et de la ponctualité des données de surveillance après la formation [3]. Des résultats similaires ont été rapportés en Guinée et en Éthiopie, où le FETP Frontline a contribué à renforcer les pratiques de notification et l’utilisation des données au niveau des structures sanitaires [4,5].
L’intégration d’analyses statistiques et d’une approche de type séries temporelles interrompues renforce la robustesse des résultats en démontrant que les améliorations observées ne sont pas attribuables au hasard. Cependant, en raison du design non expérimental, ces résultats doivent être interprétés comme des associations temporelles plutôt que comme des relations causales.
Contribution aux capacités de riposte et aux investigations
La réalisation de 52 investigations de cas ou de flambées par les résidents et gradués illustre l’acquisition de compétences pratiques en investigation épidémiologique et l’intégration des apprenants dans les activités opérationnelles du système de santé. Ces résultats confirment que l’approche « apprendre en faisant », qui constitue le socle du FETP, favorise une montée en compétences rapide et applicable en situation réelle [6].
La diversité des thématiques abordées (rougeole, COVID-19, gale, brucellose, paludisme, leishmaniose) reflète le profil épidémiologique du pays et souligne la pertinence du FETP Frontline pour répondre aux priorités nationales de santé publique. Des observations similaires ont été rapportées dans plusieurs programmes FETP en Afrique, où les investigations menées par les résidents ont contribué à orienter les actions de contrôle et de prévention [7,8].
Apport du FETP Frontline à la sécurité sanitaire
Les améliorations constatées s’inscrivent directement dans les exigences du Règlement Sanitaire International (RSI 2005) et de l’Agenda mondial de la sécurité sanitaire (GHSA), qui mettent l’accent sur la disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée capable de détecter et de répondre rapidement aux menaces sanitaires [9,10]. Le renforcement des capacités au niveau périphérique, tel qu’observé à Djibouti, constitue un levier essentiel pour améliorer les performances globales du système de surveillance et répondre aux évaluations externes conjointes [11].
Défis rencontrés et enseignements tirés
Malgré ces résultats encourageants, plusieurs défis ont été identifiés. Ils concernent principalement la disponibilité et l’expérience des mentors, la variabilité de la qualité des données collectées et la pérennisation du programme. Ces contraintes sont largement documentées dans la littérature et constituent des défis récurrents des programmes FETP dans les pays à ressources limitées [12–14].
L’intégration institutionnelle du FETP, la formalisation de mécanismes de mentorat structurés et la mobilisation durable des ressources financières apparaissent comme des conditions essentielles pour consolider les acquis. Par ailleurs, l’alignement du FETP Frontline avec les cadres nationaux de surveillance intégrée des maladies et de la riposte (SIMR/IDSR) et avec l’approche « One Health » est recommandé pour maximiser son impact, notamment dans les contextes exposés aux zoonoses et aux menaces transfrontalières [15,16].
Limites de l’étude
Cette étude présente certaines limites : (i) l’absence de groupe de comparaison limite l’inférence causale, (ii) l’utilisation de données programmatiques peut introduire des biais de qualité, (iii) la qualité des investigations n’a pas été évaluée à l’aide d’un outil standardisé.
Néanmoins, l’utilisation de données exhaustives couvrant l’ensemble des structures de surveillance renforce la crédibilité des résultats et l’utilisation d’analyses ITS renforce la crédibilité des résultats.
La mise en œuvre du Programme de Formation en Épidémiologie de Terrain de première ligne (FETP Frontline) à Djibouti entre 2021 et 2022 a contribué de manière significative au renforcement des capacités nationales de surveillance épidémiologique. Les résultats montrent une augmentation substantielle du nombre de sites de surveillance, une amélioration marquée de la promptitude et de la complétude des rapports des maladies à déclaration obligatoire, ainsi qu’une implication effective des résidents et gradués dans les investigations de terrain.
Le FETP Frontline a permis de renforcer les compétences pratiques des agents de santé au niveau périphérique, favorisant une meilleure détection des événements sanitaires et une utilisation accrue des données pour l’action. Ces acquis s’inscrivent dans les exigences du Règlement Sanitaire International (RSI 2005) et des agendas de sécurité sanitaire mondiale.
Toutefois, la durabilité des résultats dépendra de l’institutionnalisation du programme, du renforcement du mentorat et de la mobilisation continue des ressources. La poursuite et l’extension du FETP Frontline, ainsi que son articulation avec les niveaux intermédiaire et avancé, apparaissent essentielles pour consolider les acquis et renforcer durablement la sécurité sanitaire à Djibouti.
Ce que l’on sait déjà sur ce sujet
Ce que cette étude apporte de plus
Nous remercions le Ministère de la Santé de Djibouti, l’Institut National de Santé Publique de Djibouti, les régions sanitaires, ainsi que l’ensemble des participants, mentors et superviseurs du Programme de Formation en Epidémiologie de Terrain de première ligne. Nous exprimons également leur gratitude au Réseau Africain d’Épidémiologie de Terrain (AFENET) et aux partenaires techniques et financiers, notamment le Centers for Disease Control and Prevention (CDC), l’Intergovernmental Authority on Development (IGAD) et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), pour leur appui technique et institutionnel dans la mise en œuvre du programme.
Tous les auteurs ont contribué de manière significative à cette étude.
Conception de l’étude : PHS, PIK,HKB
Collecte des données : PHS, IKP, SMB, SMB, MID, AD
Analyse des données : PHS, PIK, HYD, TAB, ANM , HKB
Rédaction du manuscrit : PHS, PIK, SMB, HYD, TAB, MID, AD, ANM, HKB
Relecture critique et validation finale : PHS, PIK, SMB, HYD, TAB, MID, AD, ANM, ARA, HKB, DK, SNA, MS
Tous les auteurs ont lu et approuvé la version finale du manuscrit.
| Caractéristiques | Effectif (n) | Pourcentage (%) |
|---|---|---|
| Sexe | ||
| Masculin | 35 | 83,3 |
| Féminin | 7 | 16,7 |
| Profession | ||
| Infirmier diplômé d’État | 27 | 64,3 |
| Technicien santé/statistique/nutrition | 7 | 16,7 |
| Agent de santé publique | 3 | 7,1 |
| Agent hygiène/milieu | 3 | 7,1 |
| Laborantin | 5 | 11,9 |
| Lieu d’affectation | ||
| Ville de Djibouti | 33 | 78,6 |
| Régions sanitaires | 9 | 21,4 |
| Institution d’origine | ||
| Ministère de la Santé | 30 | 71,4 |
| Corps constitués & autres institutions* | 12 | 28,6 |
* Police, Gendarmerie, Garde républicaine, Forces armées, Garde-côtes et Caisse nationale de sécurité sociale.
| Indicateurs | Avant FETP (Octobre 2021, S43 – 2021) | Après FETP (Septembre 2022, S26 – 2022) |
|---|---|---|
| Nombre de sites de surveillances | ||
| Ville de Djibouti | 24 | 35 |
| Régions sanitaires | 6 | 47 |
| Promptitude et complétude des rapports des maladies à déclaration obligatoire | ||
| Promptitude globale | 21,7% | 80% |
| Complétude globale | 23,1% | 86% |
| Élaboration de Bulletins épidémiologiques hebdomadaires | ||
| National (INSP) | 0 | 1 |
| Régional sanitaire | 0 | 4 (Tadjourah, Obock, Dikhil, Ali Sabieh) |
| Élaboration de synthèse hebdomadaire des données de surveillance | 0 | 84 |
| Réalisation de contrôle de la qualité des données | 0 | 126 |
| Réalisation de l’analyse d’un problème de qualité | 0 | 126 |
| Réalisation des investigations d’un cas ou des épidémies | 0 | 52 |
| Nombre d’abstract produits | 0 | 16 |
| Nombre d’abstracts acceptés et présentés à des conférences scientifiques | 0 | 12 |
| Sujet d’investigation | Nombre (n) | Pourcentage (%) |
|---|---|---|
| Rougeole | 9 | 17,3 |
| COVID-19 | 7 | 13,5 |
| Gale | 7 | 13,5 |
| Brucellose | 6 | 11,5 |
| Paludisme | 5 | 9,6 |
| Leishmaniose | 4 | 7,7 |
| Autres* | 14 | 26,9 |
| Total | 52 | 100 |
* Autres : dengue, tuberculose, malnutrition, conjonctivite, choléra, fièvre typhoïde.

